Salon du livre « petite édition et jeune illustration » à Saint Priest les 7,8 et 9 novembre 2014

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Cette année, la quinzième édition du salon haut en couleurs de Saint Priest (aux environs lyonnais) a offert à ses visiteurs une programmation variée, poétique et animée : des éditeurs indépendants de qualité comme 2024, les éditions des Braques, Hélium ou encore Lirabelle étaient présents, de nombreux ateliers étaient proposés ainsi que trois expositions ( L’Architecture pour tous de Didier Cornille, Il se passe des choses de Guillaume Chauchat et The Parisianer à l’Artothèque).

Le vendredi 7 novembre, la traditionnelle journée « professionnelle » a accueilli différentes conférences et présentations d’artistes. Une journée bien remplie qui nous a notamment permis de découvrir des créations de livres et de livres numériques enrichis. De beaux projets à découvrir ou à redécouvrir. Je ne ferai pas, ici, un compte-rendu exhaustif de la journée mais parlerai de deux artistes que j’ai découverts : Cléa Dieudonné et Vincent Pianina, tous deux créateurs de projets numériques autour du livre ayant mené des réflexions sur l’appropriation de l’œuvre par le lecteur via un écran.

Cléa Dieudonné revient sur Avec quelques briques et présente La Mégalopole

Cléa Dieudonné est illustratrice designer multimédia. Elle présente avec Mathilde Fournier au Salon de Montreuil de 2013, un projet d’adaptation numérique du livre pop-up Avec quelques briques de Vincent Godeau édité chez l’Agrume : vidéo de présentation. Cette superbe adaptation du livre en application remporte le prix de la création numérique à Montreuil qui, malheureusement, ne comprend pas le financement du projet. Aujourd’hui, Cléa Dieudonné a donc décidé de poursuivre seule cette aventure, accompagnée d’un développeur pour mener à terme l’application. Elle revient sur les différents choix qui ont été faits pour cette adaptation : Les nombreux enrichissements prévus dans cette adaptation ne sont pas faisables en format Epub c’est pourquoi c’est le format applicatif qui s’est imposé, d’autant plus que la lecture de l’œuvre numérique n’est plus du tout linéaire, page par page, mais se fait scène après scène, au fil de l’histoire, en proposant des interactions avec le lecteur pour que celui-ci avance dans le livre. Toutes les images sont fait en vectoriel ce qui permet de réaliser plus simplement toutes les animations du livre-applicatif. Celles-ci sont le fruit d’une longue réflexion dans le but de donner du sens à chaque scène. Le but n’est pas tant de rendre le livre animé que d’enrichir la compréhension du récit à travers ces interactions.

Mais c’est en parallèle de ce projet que Cléa Dieudonné est en train de réaliser son premier projet personnel : une œuvre bicéphale où papier et numérique viennent se compléter l’un l’autre. La Mégalopole est d’un côté un livre imprimé sous forme de livre dépliant proposant une lecture verticale au fur et à mesure du déroulement de l’histoire. L’histoire se passe dans une ville en journée (l’image globale) et avance au fur et à mesure que le lecteur descend dans la ville. D’un autre côté, La Mégalopole est une application qui propose une autre histoire, dans cette même ville, mais de nuit cette fois ; la lecture (qui comme la lecture papier nous rappelle le fonctionnement des rouleaux anciens avant l’apparition du codex) se fait également verticalement via le scroll de l’interface numérique qui, au final, correspond à la lecture web naturelle.

L’application est développée à l’aide de logiciel UNITY qui permet, par la suite, d’encapsuler le développement soit en format Apple soit en format Android plus rapidement à partir de ce même « pot » commun. Sortie prévue en avril 2015 !

Vincent Pianina utilise le Scroll avec loooongueur

Artiste-illustrateur de nombreux ouvrages en bande-dessinée et jeunesse (voir son blog) mais aussi de films d’animation, Vincent ¨Pianina a créé, pour la revue numérique Professeur Cyclope, une bande-dessinée en ligne intitulée Scröll qui se lit horizontalement à l’aide du scroll justement. En effet, l’illustrateur a toujours eu une réflexion formelle et narrative pour chacun de ses livres papiers : comment le lecteur appréhende-t-il le livre, comment utiliser l’imprimé, le papier, la forme-livre pour faire découvrir l’histoire de différentes manières ou à l’inverse quelles contraintes peut-on s’appliquer en tant qu’auteur pour créer une œuvre originale et lui donner un sens ? Or ces réflexions autour du print, Vincent Pianina a du se les poser pour le format web lorsqu’on lui demande de réaliser une bande-dessinée destinée à paraître en ligne. Il constate alors, comme Cléa Dieudonné, que la lecture web ne se fait pas page par page mais se fait à l’aide du Scroll, en long ou en large. Il réalise alors une bande-dessinée composée d’une unique case. Mais cette case est si longue qu’elle correspondrait à 30 mètres de long environ et que le poids de l’image ateint 80 000 pixels (techniquement, elle a été fractionné en différentes fichiers jpeg avant d’être chargée sur le site de la revue). L’histoire se construit à travers cette case, en scrollant l’image. Le rythme de lecture reste donc dépendant du lecteur qui peut s’approprier l’histoire comme il le souhaite. Car si l’auteur constate que le numérique peut proposer une toute autre forme de lecture, il rappelle néanmoins que le lecteur ne doit pas devenir spectateur et doit rester maître de son rythme de lecture. Il faut être conscient de la différence entre le papier et le numérique  et ne pas essayer de faire oublier l’écran lorsqu’on lit un ebook. Dès lors, la création doit profiter des avantages et des inconvénients de chacun des matériels.

 

Ces différents projets numériques nous prouvent, encore une fois, que le numérique enrichi n’en est qu’à ses début et que nous sommes dans une phase prototypale, pleine de découvertes et de tâtonnements.

 

Pour aller plus loin sur le sujet : Nicola Beudon, conservateur à la Bpi du Centre Pompidou (Paris) à d’ailleurs rédigé un billet  très complet sur cette lecture particulière que le scroll permet dans le numérique.

Après le salon de Saint Priest : l’exposition The Parisianer, présentée l’hivers dernier à la cité internationale des arts de Paris est, cette année, accueillie par l’Artothèque de Saint Priest. Une exposition magnifique pour laquelle une centaine d’artistes ont imaginé la couverture du journal fictif The Parisianer, racontant 1000 histoires de Paris différentes. A visiter !

Priscille Legros

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