Bilan du Salon du livre de Francfort

Salon du livre de Francfort – 9 au 13 octobre 2013

 

Frankfurter Buchmesse 2013, Frankfurt book fair 2013

Au salon du livre de Francfort, dès l’ouverture, le ton est donné : ici on parle de l’avenir, du numérique, des éditeurs, on défie les géants qui étendent leur suprématie.

Le numérique est non seulement partie prenante de la foire de Francfort, mais il cristallise une grande partie des débats et inquiétudes sur le marché du livre et son évolution. Les baisses de ventes de livres papier, l’émergence du ebook et plus encore, l’accaparation de ce nouveau marché numérique par quelques grandes firmes ne font que renforcer les angoisses sur le devenir du livre et de ses acteurs.

La prédominance des géants Amazon, Google, Apple

Ces géants se sont appuyés sur leurs réseaux de distribution déja existants pour prendre un rôle majeur dans la vente de livres, ne laissant que peu de chances à des acteurs plus petits. On parle de facteur «Gama» pour parler des principaux géants Google, Amazon, Microsoft, Apple, dont le poids inquiète sérieusement les autres acteurs de la filière du livre.

Le risque est grand de voir ces acteurs monopoliser le marché en phagocytant l’ensemble de la filière, autant par les outils techniques que par la distribution des oeuvres (et donc les choix de lecture des clients). On est en droit de s’interroger sur les menaces qui pèseraient alors sur la diversité culturelle…Jürgen Boos, directeur de la Foire de Francfort, refuse le défaitisme et remet le métier au centre du débat. Il est intervenu à l’occasion d’une conférence de presse la veille de l’ouverture de la foire de Francfort : « Amazon, Google et Apple sont des magiciens de la logistique, mais pas des éditeurs et ils n’ont pas la passion de l’édition »«Les moyens techniques sont des outils. Ils doivent être utilisés pour servir les gens et leurs besoins, et pas l’inverse», a poursuivi M. Boos.

Les éditeurs doivent relever le défi

Face à ces géants, n’imaginez pas les éditeurs en pleine desespérance pour autant, car ils sont prêts à relever les défis induits par cette situation. «Dans le passé, nous avons cru que nous pouvions rester compétitifs face à une entreprise comme Amazon avec des investissements faibles. Désormais nous avons vraiment besoin de nous remuer si nous voulons rester dans la course», a estimé Gottfried Honnefelder, directeur de l’Association des libraires et éditeurs allemands.

Frankfurter Buchmesse 2013, Frankfurt book fair 2013

Les éditeurs sont notamment soutenus dans leur démarche par le Conseil culturel allemand, le Börsenverein (la fédération des libraires et éditeurs), le Syndicat national de l’édition et le Syndicat de la librairie française (SLF) qui ont adressé une déclaration commune à la Commission Européenne. Les signataires mettent en garde contre «une domination sans partage de ces entreprises extra-européennes, [qui] aurait un impact majeur sur nos cultures»

Ils souhaitent que les acteurs européens aient les capacités de s’affirmer face aux géants et proposent de s’appuyer sur des «conditions équitables de concurrence et d’un cadre législatif qui garantisse la diversité culturelle en Europe», comme l’intangibilité du «prix fixe du livre, qui existe dans 11 pays de l’Union européenne» et qui «doit être recommandé à tous les pays européens»; l’adaptation de la directive européenne sur la TVA, l’élimination des «distorsions de concurrence, notamment sur le plan fiscal, par exemple en fonction du lieu du siège d’entreprises multinationales» et la réaffirmation de l’importance du droit d‘auteur au «cœur du droit européen de la propriété intellectuelle»

 

La digitalisation des maisons d’édition

Le défi pour le monde du livre se situe aussi dans la bonne évaluation de la situation. En effet, les enjeux du numérique ne se jouent pas uniquement sur le ebook, mais aussi sur la gestion numérique des maisons d’édition. Il s’agit maintenant d’accompagner les éditeurs dans cette révolution digitale.


Innovations

Il est nécessaire pour les éditeurs d’être innovants dans le domaine de production et de la diffusion, et de savoir intégrer la technologie pour s’adapter à de nouveaux modèles d’affaires. De nombreux projets innovants étaient présentés à Francfort : écriture collaborative, auto-édition, plateforme de livres numériques, streaming…

Frankfurter Buchmesse 2013, Frankfurt book fair 2013

A Francfort, la thématique des start-ups était en bonne place, ces structures souples et réactives permettent de tester de nouveaux modèles économiques. Sur le volet de la distribution, les initiatives sont multiples pour développer le marché du livre numérique et attirer les lecteurs.

Le site de lecture selective Flipintu souhaite reprendre le rôle de conseil d’un libraire sur internet. Ce service, présenté en version béta, proposera au lecteur des livres et magazines correspondant à ses goûts en fonction de son profil. Le client pourra donc découvrir des ouvrages auxquels il n’aurait peut-être pas pensé, sur le même principe que la rubrique «Découvrir» de Spotify. Ce service n’est pas que numérique car la commande du livre choisi, bien réel, peut être livrée à domicile ou en librairie.

Auto-édition

Malgré sa petite part de marché pour le moment (3% du marché français en 2012 mais 17% aux Etats-Unis), l’auto édition est en développement, et les start up ne s’y trompent pas. L’auto édition offre la possibilité à un auteur de publier ses écrits sans passer par une maison d’édition. Le développement du numérique, permettant de s’affranchir de certains intermédiaires, offre l’opportunité à ces auteurs, en majorité amateurs, de passer le pas.

Un acteur est déja bien implanté sur ce domaine, Books on Demand. Cette société, qui existe depuis 10 ans et s’est développé sur le livre papier, est présent sur 7 pays d’Europe, et se base sur un site unique d’impression. Pour leurs ventes d’ebook, le partenariat est intéressant pour les auteurs qui bénéficient d’une commission de 50% sur chaque livre numérique vendu.

Streaming

La distribution du livre en streaming est un nouveau mode de diffusion du livre qui émerge dans les nouvelles solutions pour rencontrer le lecteur.  Le streaming est une réponse qui a déja été apportée aux problématiques de distribution de musique (Spotify, Deezer..), ou de vidéo (Netflix..), pourquoi ne le serait-elle pas aussi pour le livre? C’est sur ce postulat que des start up se positionnent.

La société 24Symbols, espagnole, propose un abonnement permettant d’accéder de façon illimitée à une selection d’ebooks. En France, nous avons le site Youbox qui fonctionne sur le même principe et propose 7000 références. Aux Etats-Unis, ce sont les services Oyster et Scribd qui font le pari du streaming. C’est d’ailleurs un pari ambitieux car il faut assurer la pérennité de ce modèle économique, ce qui n’est pas encore le cas, même en musique. Les éditeurs ne sont pas forcément emballés par les solutions proposées et rechignent à proposer leurs catalogues. De plus, la rétribution est difficile à définir et rapporte assez peu aux auteurs.

 

Le numérique bouleverse la chaine du livre, et le salon du livre de Francfort se fait l’écho de ces évolutions. Cependant, il tient à mettre en avant la vitalité des acteurs de la filière du livre et les initiatives qui vont permettre à ce secteur de s’adapter à ces transformations.

 

 

Liens

http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/10/10/au-salon-du-livre-de-francfort-les-start-ups-s-exposent_3492921_3234.html

http://lafeuille.blog.lemonde.fr/2013/09/12/du-livre-au-web-de-labonnement-illimite-aux-web-services/

http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/medias/actu/0203062547924-a-francfort-les-innovations-numeriques-veulent-aider-le-livre-a-trouver-ses-lecteurs-617073.php

http://www.lapresse.ca/arts/livres/201310/08/01-4697782-la-foire-du-livre-de-francfort-inquiete-des-geants-du-web.php

http://www.liberation.fr/culture/2013/09/30/marche-du-livre-numerique-berlin-et-paris-tournes-vers-l-avenir_935743

http://www.lettresnumeriques.be/2013/10/14/foire-du-livre-de-francfort-2013-la-digitalisation-de-ledition-depasse-lebook

http://www.atlantico.fr/decryptage/foire-livre-francfort-que-lirons-demain-guillaume-monteux-anker-mueller-865043.htm

http://www.lepoint.fr/culture/foire-du-livre-de-francfort-l-auto-edition-a-le-vent-en-poupe-10-10-2013-1741435_3.php

 

Crédits photos : 
Frankfurt Book Fair – Alexander Heimann

 

Maud Serrière 

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