Quelques échos du Digital Book World 2015

Le Digital Book World 2015 s’est tenu à New York du 13 au 15 janvier. Cette conférence mondiale du livre numérique a réuni une centaine de conférenciers, plus de 35 exposants et 1500 participants, professionnels de l’édition venus du monde entier. L’événement est l’occasion de décrypter les tendances du marché et de (tenter de) repérer les acteurs de demain. Nous n’y étions pas (hélas!) mais nous avons collecté et traduit quelques informations disponibles sur les axes-clés de cette édition 2015. Petit tour d’horizon.

Lecture à volonté : les formules illimitées sont là pour durer…

L’intervention de Russ Grandinetti, vice-président d’Amazon, a marqué les esprits. Même si sa teneur était sans réelle surprise pour les spécialistes de la firme de Seattle, elle marque toutefois un changement de mode de communication entre le e-distributeur et les éditeurs. Face à la crainte des auteurs de voir leurs revenus diminuer à cause des formules d’abonnements telles que Kindle unlimited lancée aux Etats-Unis en juillet 2014 et en Europe à l’automne, Russ Grandinetti exhorte ceux-ci à la patience « cela ne fait que six mois« , dit-il. Concernant le modèle de l’illimité, il réaffirme la volonté d’Amazon de changer l’économie du livre : « La multiplication des solutions pour publier, je pense que c’est assez sain. Les éditeurs, au départ, n’étaient pas contents que les libraires se mettent à vendre des livres d’occasion. Dans tous les secteurs du digital media, l’abonnement est une réussite. Le livre n’y fera pas exception. Dans le futur, l’abonnement sera juste un choix de plus que les éditeurs et les auteurs prendront en compte dans le cycle de vie d’un livre. » Lors des conférences , des éditeurs, parmi lesquels l’américain Kensington, ayant développé leurs propres plateformes de vente d’ebooks ont témoigné de leur satisfaction pour ce modèle. 1 million de titres pour Oyster, une levée de 22 millions de dollars pour Scribd : ces deux concurrents intègrent progressivement les catalogues de tous les grands éditeurs anglo-saxons, dont MacMillan le dernier en date, élargissant le marché de la lecture par abonnement. Même s’ils l’analysent comme un risque à long terme d’éroder la valeur perçue du livre papier et de l’ebook et que les réticences demeurent, les éditeurs se lancent et explorent ce nouveau mode de commercialisation du livre numérique.

Ecouter-lire : du son sur les lignes…

Du côté de l’éditorial numérique, les entreprises expérimentent de nouveaux produits. Ces innovations ont été relevées par un membre de Skilledup.com présent au Digital Book World, Lee Bob Black sur son blog :

Booktrack « a movie-style soundtrack for ebooks » est une société qui développe un nouveau concept : la bande-son de votre livre. Ce ne sont pas des livres audio. Plutôt un complément sonore avec bruitages, musique d’ambiance… Les soundtracks sont soit vendues toutes faites, soit à fabriquer par le lecteur lui-même qui personnalise cette augmentation de lecture…

Autre innovation côté son : l’intégration et la synchronisation de la lecture audio dans le livre numérique. Certes les livres-audio existent depuis longtemps. La nouveauté est de coupler lecture et enregistrement. La plateforme Overdrive, très implantée dans les bibliothèques américaines pour le prêt d’ebooks propose cette lecture-audition simultanée avec surlignage progressif du texte au fur et à mesure de l’écoute.

Prenez un shelfie de vos livres préférés et vous aurez une bibliothèque numérique…

Avec l’application Bitlit, prenez une photo de votre bibliothèque personnelle (shelfie : de shelf, rayonnage en anglais et selfie que l’on n’a plus besoin de traduire…). L’application reconnaît les titres et vous propose en téléchargement gratuit ou payant votre bibliothèque entière ! Evidemment, pour l’instant, seuls les amateurs de livres en anglais seront satisfaits… Pour le français, seuls les classiques libres de droit sont disponibles…

Auto-édition et partage : de plus en plus simple et… beau

La qualité des ebooks laisse assez souvent à désirer : graphiques flous, polices mal adaptées, tableaux illisibles… L’enjeu pour les services de publication en ligne est de proposer des outils simples, intuitifs et aboutissant à un résultat esthétique. Les plateformes d’auto-édition adoptent des design graphiques de plus en plus attractifs et communiquent sur l’amélioration de l’expérience de lecture par la production de livres enrichis en quelques clics par des utilisateurs sans compétences particulières en publication… c’est par exemple le cas de l’application Snippet.

Reading data*

Les détenteurs des plateformes d’ebooks disposent de données inédites sur les habitudes de lecture de leurs utilisateurs. Ils savent combien de fois un livre est ouvert, sur quel équipement, à quelle vitesse il est lu, si certains passages ou œuvres entières sont relues… ou même quels livres ne sont jamais piratés ou jamais terminés… Que nous apprennent ces données ?

Tout d’abord que plus de la moitié des lecteurs lisent sur plus d’un équipement ou appareil, remarque Jared Friedman, co-fondateur de Scribd, et que 10% des utilisateurs de Scribd lisent sur trois appareils ou plus, quel que soit le mois observé. « A mesure que les gens se familiarisent avec les ebooks et la lecture numérique, la lecture imprègne tout leur style de vie numérique » dit Friedman. David Burleigh, directeur du marketing et de la communication d’Overdrive approuve. « Nous constatons que 40% de nos utilisateurs lisent sur plus d’un appareil. »

Michael Tamblyn, président de Kobo, dit que les données varient localement. Par exemple au Japon , où les liseuses ne sont pas populaires, et en Europe où les lecteurs sont plus nombreux à achever leur lecture, tandis que les lecteurs américains sont les plus inconstants. Il assure que la plupart des habitudes de lecture restent stables, mais remarque que le roman sentimental augmente en été et que les livres de santé augmentent pour Nouvel an… pour n’être achevés que dans 5% des cas, contre 30% pour les romans sentimentaux. La lecture de fiction et de non-fiction sont fondamentalement différentes… Quand un lecteur de roman stoppe sa lecture, c’est parce qu’il n’est pas satisfait, ce qui n’est pas forcément le cas d’un autre livre dont la lecture partielle peut tout à fait répondre au besoin du lecteur.

En ce qui concerne les utilisateurs de services de prêt numérique, David Burleigh explique qu’il est plus difficile de tirer des conclusions sur leur degré de satisfaction puisque les livres sont prêtés pour une durée limitée, ce qui signifie que les lecteurs ne finissent pas leurs livres en deux ou trois semaines. Burleigh dit que pour les trois titres les plus empruntés sur Overdrive en 2014, seuls 30% des lecteurs sont allés jusqu’à la moitié, et entre 6 et 11% des lecteurs les ont terminés.

Chez Bluefire, Micah Bowers, le fondateur de la firme, témoigne que l’on mesure un taux moyen de complétion de 30%. Que le livre soit achevé ou non, Bowers note qu’il y a un engagement important du lecteur. « Une des choses qui me paraît intéressante est le temps que les gens consacrent à la lecture. » Il ajoute : « D’après nos statistiques, environ 35% lisent une heure tous les jours et 17% lisent deux heures tous les jours. C’est une grande proportion de gens, et de gens qui lisent pour une durée significative. »

On est encore loin de l’utilisation de la data dans le business de l’édition. Mais cette perspective crée une appréhension chez les professionnels dont les choix pourront être évalués à l’aune de ces données. Même si l’impact de ces data sur les décisions éditoriales risque d’enlever la « magie » du métier et de ses « coups », comme le dit Tamblyn, une chose est sûre, « avant, il y avait deux manières de mesurer le succès : les réactions des critiques et les chiffres de vente. La data invite le lecteur dans le tableau. »

*extrait traduit de : DBW Panel : Can Publishers Take Advantage of Reader Data? By Andrew Albanese, Publisher Weekly.

 

Pour aller plus loin :

http://www.digitalbookworld.com/2015/digital-book-world-2015-conference-coverage-roundup/

https://www.actualitte.com/usages/onze-thematiques-cles-a-la-conference-digital-book-world-54305.htm

http://www.skilledup.com/articles/7-strategic-lessons-digital-book-world-2015/

http://www.skilledup.com/articles/5-publishing-innovations-digital-book-world-2015/

http://www.skilledup.com/articles/5-publishing-opportunities-digital-book-world-2015/

http://publishersweekly.com/pw/by-topic/digital/conferences/article/65290-dbw-can-publishers-take-advantage-of-reader-data.html

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *