E-Books : bras de fer entre les bibliothèques américaines et les Big Six

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Jeudi 2 octobre Sue Polanka donnait une vidéo conférence dans les locaux de l’ENSSIB de Villeurbanne. La fondatrice du blog No Shef Required *a fait le point sur allasituation du livre numérique aux USA.

Alors qu’en France il a du mal à décoller (à peine 3 % du CA de l’édition), aux Etats Unis, ses ventes ne cessent de croître, tandis que le papier continue sa descente. Les deux courbes devraient se croiser en 2017. Dans les bibliothèques publiques, les e-books représentaient 102 millions d’emprunts pour l’année 2013, autant que pendant les dix années précédentes cumulées. Ce chiffre est appelé à se développer encore. La plupart des américains ne savent toujours pas (63%) qu’on peut emprunter un e-book dans une bibliothèque.

 

La situation reste tendue entre les principaux distributeurs et les bibliothèques. Parmi les Big Six on retrouve Harper&Collins, le français Hachette, Random House ou Penguin. C’est eux qui détiennent les clefs du marché. Les bibliothèques n’achètent pas d’exemplaires numériques, mais paient seulement un droit d’utilisation. Certains opérateurs comme Harper, Penguin ou Macmillan proposent une licence limitée à 26 utilisations du même titre par an ou 52 pour deux ans. D’autres comme Hachette préfèrent facturer un prix Premium qui peut atteindre 150 $. Or, si le prix des livres est libre aux USA, le prix de vente au public des e-books se situe en général à 50 % en dessous de l’édition papier, bien en dessous de 150 $.

 

A cela s’ajoute la concurrence des « bibliothèques privées », les plates-formes qui offrent à leur client l’accès à tout leur catalogue contre rémunération. Amazon propose un abonnement mensuel à 9,9$. Freading a mis en place un système « pay as you go » avec tarif différencié selon qu’il s’agit d’un livre ancien : 1$ ou d’une nouveauté : 4$. Total Book a même imaginé un paiement à la page.

 

Les budgets des 9000 bibliothèques publiques se trouvent donc pris en tenaille entre la nécessité de continuer d’acheter les éditions papier, la montée en charge du numérique, et les demandes d’emprunt de plus en plus diversifiées des clients : matériel informatique, vidéo, tablettes, liseuses… La pression sur les prix faite par les distributeurs est d’autant plus difficile à vivre. Plusieurs opérations de boycott ont permis aux bibliothécaires de pousser les Big Six à la négociation. Mais la baisse des budgets culturels ne va pas dans le bon sens.

 

* http://www.libraries.wright.edu/noshelfrequired/

Pierre Gandonnière

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