Assises Nationales du Livre à Paris – SNE 4 novembre 2013

Le thème de cette 11è édition des Assises Nationales du Livre organisée par le SNE – Syndicat National de l’Edition – portait sur le livre numérique : enjeux et innovations.

Cette session des assises du SNE du 4 novembre 2013, très riche, fut l’occasion d’aborder autant des problématiques techniques et contractuelles que des visions enthousiasmantes de projets en cours et perspectives autour du livre numérique. Retour sur cette journée chargée, entre tables rondes, enquêtes et découvertes.

Le nouveau contrat d’édition

La matinée a commencé par le très attendu sujet du nouveau contrat d’édition. Ces réflexions viennent répondre aux inquiétudes et besoins autour de l’arrivée du numérique. L’économie du livre doit intégrer une logique de flux, qui génère des évolutions nécessaires dans les habitudes, c’est une nouvelle façon de parler de l’exploitation du livre.

Liliane de Carvalho, en tant que rapporteur de la mission relative au contrat d’édition à l’ère du numérique par le ministre de la culture et de la communication, a présenté cette nouvelle définition du contrat d’édition, résultant d’un accord SNE/CPE, signé le 21 mars 2013. La grande évolution en est bien sûr l’intégration de la notion de réalisation sous forme numérique qui apparaît dans une partie distincte du contrat (afin de préserver le contrat unique).

Cet accord prévoit notamment la création d’un bon à diffuser numérique (l’équivalent du BAT papier), et une nouvelle clause de fin d’exploitation : l’éditeur et l’auteur, d’un commun accord peuvent définir la fin de vie économique d’un livre.

Comme l’a rappelé Jean-Claude Bologne, président de la SGDL, les auteurs et les éditeurs ont des combats communs (comme le taux de TVA par exemple). Un des objectifs majeurs de cet accord était bien d’ouvrir le dialogue entre les auteurs et les éditeurs.

On ne connaît actuellement pas de date de vote (peut-être au printemps 2014), cependant Isabelle Ramond Bailly (directrice juridique Editis et présidente commission juridique SNE) conseille de se préparer pour l’application de cette loi. Le SNE va travailler à un contrat type pour les maisons d’édition (d’ici début 2014). En attendant, pendant la période transitoire certes peu confortable, il est conseillé de s’inspirer de ce nouveau contrat pour la définition des clauses actuelles.

La présentation sur « Le contrat d’édition à l’ère du numérique» est disponible sur le site du SNE.

 

Les Creatives Commons dans l’édition numérique

Le sujet des Creatives Commons a été abordé lors d’une table ronde.  Ce sujet sensible soulève beaucoup de réticences dans le métier de l’édition.

L’occasion pour Danielle Bourcier (directrice de recherche CNRS et responsable scientifique CC France) de rappeler que « Les CC sont un complément au droit d’auteur et non une alternative » et donnent la liberté d’autoriser en tant qu’auteur. Si un auteur demande une licence CC à son éditeur, l’auteur ne cède pas tous ses droits, il garde ses exceptions et limitations pour autoriser certains usages par le public, l’œuvre peut alors être copiée, modifiée, ou en copyleft (ce qui protège l’éditeur). Pour l’édition, l’intérêt est d’utiliser le numérique pour une pleine efficacité d’Internet. La diffusion d’une œuvre en CC permet de se distinguer des autres livres, circule plus sur internet, et attire plus l’attention. C’est un modèle hybride qui peut être un business model. Toutefois, sans partager une œuvre complète, il peut aussi être très pertinent d’appliquer les CC aux outils promotionnels tels que les textes de présentation ou de quatrième de couverture. Le partage pour la bonne cause en somme !

L’intervention de Christina Puerta, spécialiste éditoriale aux éditions de l’Unesco (500 titres tous les 2 ans), est un très bon exemple d’application des CC. Étant donné que l’UNESCO travaille sur des études scientifiques grâce à des financements publics, l’organisme a mis en place une politique forte de diffusion ouverte au public. Actuellement, 80% de leurs publications sont déjà en distribution gratuite, en accès ouvert, le souhait est de prolonger cet engagement avec la diffusion en CC.

Christina Puerta présente tous les avantages que les éditions de l’UNESCO trouvent dans l’utilisation de ce type de licence : développement du partage, lutte contre le piratage, liberté de réutilisation des contenus, allégement des charges de travail pour les demandes d’autorisation et des contrats de licence,etc. A noter que pour certaines publications, les éditions de l’UNESCO se réservent la possibilité de faire un embargo de 12 mois au besoin.

L’intervention de Danielle Bourcier : « Des licences Creative Commons dans l’édition numérique ».

L’intervention de Christina Puerta : « Des licences Creative Commons dans l’édition numérique ? – Cas UNESCO ».

L’intervention de Agnès Henri : « Publications académiques & Creative Commons».

 

Enquête sur les maisons d’édition en Rhône-Alpes

Antoine Fauchié, de l’ARALD, a présenté le panorama de l’édition numérique en Rhône Alpes. De cette étude, on retiendra notamment que les éditeurs réfractaires au numérique semblent être en attente du développement de ce marché, et de manière générale que les maisons d’édition sont en demande de formations techniques et juridiques sur le sujet du numérique. Un rappel de l’effort nécessaire de formation au numérique déjà évoqué par Patrice Hoffman.

Enquête de l’ARALD sur l’édition et le numérique en Rhône-Alpes.

 

Présentation de l’étude « Du livre illustré au livre dit enrichi »

Lors de son intervention sur l’utilisation des livres enrichis par les enfants, Géraldine Cohen (ingénieur de recherche au CEPE) a rappelé que celui-ci en est encore à ses balbutiements et qu’il n’y a pas encore vraiment d’usage pour les lecteurs en terme de livre enrichi. C’est un marché en émergence qui réserve de belles opportunités.

Enquête « Du livre illustré au livre enrichi »

 

Étude du BIEF « Cession et acquisition des droits numériques à l’étranger »

L’étude de Bureau International de l’Edition Française menée par Karen Politis a été adressée à 50 maisons d’édition et ce dans 8 pays. L’objectif était de pouvoir présenter un panorama des différentes pratiques internationales en termes d’acquisition et de cession de droits numériques.

Afin de permettre une étude des plus complètes, l’enquête a donc abordé les thèmes de la rédaction des contrats, de la production, de la rémunération ainsi que de la politique commerciale.

Concernant la rédaction des contrats, on apprend notamment que 80 % des maisons d’édition du panel sont réticentes à acquérir les droits numériques séparément des droits papiers. Des contrats peuvent être rompus si cette condition n’est pas respectée. C’est donc tout ou rien et c’est particulièrement le cas pour les maisons d’édition anglo-saxones. 80 % également incluent une clause de rendez-vous dans leur contrat mais à peine 30% d’entres elles l’utilisent. Enfin sur la notion de la vérification des ventes de livres numériques sur le territoire assigné, les maisons d’édition évoquent plusieurs points : des contrats plus précis, des partenariats avec les distributeurs, des contrôles à posteriori, des droits mondiaux et enfin la notion de confiance envers les partenaires étrangers.

Concernant la production, 50% des maisons d’édition du panel produisent des contenus enrichis et près de 50% ont également commencé à développer des applications. Au niveau du piratage, les DRM est la solution la plus plébiscitée (10 fois plus que le watermarking). Enfin 25 maisons sur 41 envisagent de ne plus crypter leurs fichiers en vue de l’émergence des formats propriétaires.

Au niveau de la rémunération, on retient qu’au niveau des royalties il y a un consensus sur l’assiette. Pour les livres papiers c’est en fonction du prix public hors taxes, mais en fonction des recettes nettes pour les ventes numériques. Mais c’est à nuancer puisque, par exemple, la définition de « recettes nettes » est différente suivant les maisons. La fréquence de reddition des comptes est annuelle ou semestrielle dans la majorité des cas.

Pour terminer, sur la question de la politique commerciale, le BIEF note l’apparition de nouveaux schémas de commercialisation tels qu’une digital-only list ou une digital-firt list. Sur la question de la promotion, 46 % des maisons interrogées appliquent un prix dynamique.

En tête des distributeurs arrivent Amazon, Apple puis Kobo.

On retiendra de manière générale que le numérique ne provoque pas tant de réticences, il s’intègre dans les stratégies des maisons d’édition.

Toutes ces données sont tirées de l’enquête réalisée par le BIEF. L’étude complète sera disponible d’ici la fin novembre 2013.

En attendant, le support présenté aux Assises du SNE est disponible.

 

Diversité des pratiques commerciales et marketing France et étranger

Jean Arcache : PDG de Place des éditeurs

Place des Éditeurs a monté son catalogue numérique en moins de 4 ans, avec 4290 références dont 62 % en tourisme et 31 % en littérature. De plus, ils ont également 25 applications iOS.

Cette maison propose différentes innovations et transformations, toutes centrées autour du numérique.

  • Place des éditeurs – Académie  : Édition transformée par l’interne avec des formations pour accompagner les évolutions numériques.

  • Place des Lecteurs : Édition au cœur des lecteurs : newsletters, mails, clubs, tests marketing. 250 000 lecteurs actifs.

  • Pick&mix : on peut proposer la vente par chapitre (exemple pour lonely planet, en vendant des parties du livre).

  • L’intégrale d’un auteur : Marketing de fond : ex : intégrale de l’œuvre de Simenon, qui permet d’avoir des dispositifs marketing  cohérents (un site web de vente dédié, animations par thématiques croisées, bundle possible).

  • La recherche de nouveaux auteurs: L’édition accompagnée pour recruter de nouveaux auteurs. création de concours, par exemple le concours de la Fnac.

  • Publisher Square : Édition sans frontière : possibilité de vendre des livres français traduits à l’étranger sans avoir besoin de partenaire sur place.  Avec marketing original via Facebook, envoi dossier par mail.

C’est le métier de l’éditeur de prendre des risques et le digital permet de prendre des nouveaux risques

Place des éditeurs – présentation

Francesco Noia : responsable commercial Edigita

Edigita a choisi de ne pas avoir sa propre plateforme mais elle utilise les plateformes déjà existantes.

Elle propose 3 services : le partage numérique, l’observation du marché et des tendances et l’aide à faciliter de développement du marché numérique.

Edigita c’est :

  • 169 éditeurs dont 121 indépendants

  • Plus de 24000 titres dont

  • 77% en format ePub

  • 66% avec une protection ACS4

Le prix pour un ebook est d’environ 6 €.

Au niveau du marketing, Edigita a plusieurs approches : le dynamic pricing (promotions, changement de prix), les livres gratuits (aperçus et contenus bonus) et enfin la distribution via des canaux spéciaux (B2B et ventes sur leur site).

Le but de leur stratégie étant d’amener graduellement de plus en plus de gens vers le livre numérique.

Pour la suite, ils pensent au pay per view et également à la vente couplée papier + numérique.

Présentation Edigita

Rebecca Smart : DG Osprey Group Publishing (UK)

La vente d’ ebook représente 20% des ventes totales.

Le prix moyen est de 3,50 £

Les ventes de papier ont baissé de 10% par rapport à 2012.

Les challenges et les opportunités sont de passer d’une stratégie de B2B (business to business) à une stratégie de B2C (business to consumer). D’améliorer la “discoverability” et d’avoir moins de barrières à l’entrée.

Le choix se porte délibérément sur un marketing DRM free car : « obscurity is a greater enemy than piracy ». Osprey publishing  utilise le DRM-Free comme valeur marketing de la marque. « Trust our readers »

Les promotions doivent être maniées avec précaution, au risque de dévaloriser les livres.

Présentation d’Osprey Group

 

Maud Serrière & Em’ Mercier
 
 

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